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La crosse

Le sport dont le nom est devenu synonyme de branlette et d’arnaque.

Quand on entend aujourd’hui le mot « crosse », on pense immédiatement à « arnaque » et à « masturbation » et c’est dommage, parce qu’à la base, la crosse est officiellement le sport national (d’été) du Canada. Il est grand temps de retourner aux sources et de rendre à la crosse tous les honneurs qu’on lui doit!

L’histoire de la crosse est probablement aussi vieille que celle de l’occupation humaine de l’Île de la Tortue (qu’on appelle plus couramment aujourd’hui Amérique du Nord). Les divers groupes algonquins l’appellent baggataway et les Mohawks tewaarathon – deux mots qui signifient « bâton ». Vous l’aurez deviné, le bâton en question est le pénis. Pour les peuples autochtones, la crosse était un sport réservé aux jeunes hommes qui désiraient prouver leur virilité et leurs prouesses physiques, sous l’œil intéressé et admiratif des jeunes femmes. C’était donc aussi, de ce fait, une façon pour la jeunesse de se rencontrer, de se choisir et de se mettre en couple.

Trois joueurs autochtone de crosse.
Des joueurs de crosse autochtones faisant leur entrée sur le terrain de jeu en exhibant des bâtons, symboles de leur virilité qu’ils mettront sous peu à l’épreuve.

Malgré plusieurs variantes, le jeu restait toujours à peu près le même. Dans une clairière, les participants se réunissent et se dévêtissent. La première manche de la partie consiste, pour les joueurs, à obtenir une érection. Par mesure d’équité, il faut que tous les pénis soient flaques lors de la mise au jeu. Pour encourager leurs favoris, les femmes dans l’assistance vont souvent crier des mots salaces, exhiber leurs seins et leurs fesses ou mimer la copulation. Les trente premiers joueurs qui arrivent à bander en premier passent à la deuxième manche, alors que les autres sont éliminés. La deuxième manche consiste en un concours de résistance; les jeunes hommes doivent maintenir leur érection tout en s’abstenant d’éjaculer, le gagnant étant celui qui jouit le dernier. Pour faire perdre son adversaire, tous les coups sont permis : masturbation mutuelle, surtout, mais aussi fellation, anilinctus, pénétration anale. La seconde manche est évidemment la plus longue et il n’est pas rare qu’elle dure plus d’une heure; selon la légende, Pontiac, chef des Outaouais aurait organisé en 1763 une partie afin de distraire les soldats britanniques et d’ainsi pénétrer dans le fort Michilimackinac. Cette partie aurait duré trois heures, un record absolu qui n’a jamais été égalé.

La première référence écrite du mot « crosse » se trouve dans le journal du missionnaire jésuite Jean de Brébeuf en 1637. Celui-ci y écrit que des villages entiers s’affrontent dans des parties de « crosse » en remarquant que ce jeu lui rappelait ses folles nuits dans le dortoir du séminaire. C’est toutefois seulement qu’au xixe siècle que les colons européens s’intéressent au jeu au point de vouloir y participer. Dans les années 1830, des Montréalais anglophones de passage remarquent les parties et apprennent à jouer avec leurs voisins mohawks, adoptant le mot français « crosse » pour désigner leur nouveau passe-temps. Le premier match officiel entre des anglais et des Mohawks se tient le 29 août 1844 et se solde par un lessivage complet des anglais qui sont tous éliminé dans les premières minutes de la deuxième manche. En 1856, des adeptes du sport forment le Montreal Lacrosse Club, puis les clubs Flying Semen et Cock Ring. Lorsque le prince de Galles visite Montréal en 1860, on organise en son honneur une «grande foire de jeux indiens» et on raconte que le prince, ému devant un tel étalage de sexualité masculine, a tout de suite pris la résolution d’importer le sport au Royaume-Uni pour en faire profiter ses Good Old Chaps.

En septembre 1860, un mois après la visite du prince de Galles, un jeune dentiste du nom de William George Beers écrit une brochure qui définit certaines règles et instructions pour le sport qui, jusque-là, n’avait aucun règlement écrit. Celui que l’on considère comme le père de la crosse moderne crée non seulement un ensemble de règles de jeu, mais impose une série d’accessoires qui viennent changer profondément le sport. La nudité est dorénavant interdite et les joueurs doivent porter une jaquette ample avec un trou qui permet de constater s’il y a érection ou non. De plus, le seul geste sexuel qui est permis est la masturbation mutuelle – tout autre geste résultant à un hors-jeu. Enfin, les femmes sont bannies de l’assistance et ne seront réadmises en tant que spectatrices et joueuses qu’en 1990, avec la création de l’intercrosse.

Évidemment, les peuples autochtones furent scandalisés par ces changements radicaux à leur sport et crièrent leur désapprobation. Hélas, on ne les écoutait guère à l’époque (comme à la nôtre) et les colons firent comme si de rien était; tous les joueurs d’élite d’origine autochtones furent exclus de la ligue de crosse naissante. C’est ainsi que le mot crosse devint synonyme, dans le langage populaire, d’une sale arnaque.

La crosse est encore pratiquée de nos jours et nous prions tous pour que le CIO accepte finalement qu’elle devienne un sport de démonstration aux prochains jeux olympiques. Le fait qu’elle refuse depuis une centaine d’années est en soi une crosse. En attendant, n’hésitez pas à venir encourager les Flaming Shafts de Toronto, Les Colosses à un œil de Montréal ou les Fap Masters de Vancouver.

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