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La Transe canadienne

La principale voie de communication du pays.

Quiconque visite pour la première fois le Québec est frappé par l’intérêt que tous ses habitants portent envers la Transe canadienne.  «Ralentissement de la Transe canadienne… Congestion à contrecœur de la Transe canadienne…. la Transe canadienne est parfaitement fluide» : on entend ces messages cryptiques dans chaque bulletin de nouvelles. Mais quelle est donc cette transe qui fascine à ce point tout le monde?

Vers 1745, l’année de l’établissement de la Transe canadienne, la Nouvelle-France avait atteint son expansion maximale et couvrait une grande partie du territoire du Canada et des États-Unis actuels. En plus de la colonie canadienne établie dans la vallée du Saint-Laurent, le territoire militairement contrôlé (essentiellement grâce à des alliances de nation à nation avec les autochtones) s’étendait des actuelles provinces maritimes du Canada à l’est aux montagnes noires du Dakota à l’ouest, de la Baie d’Hudson au nord à la Louisiane au sud, en passant par le bassin de l’Ohio et du Mississippi. Compte tenu de la technologie de l’époque, comment pouvait-on assurer des communications efficaces et rapides sur des milliers de kilomètres? Il en allait de la viabilité commerciale et militaire de la Nouvelle-France : il fallait que le gouvernement colonial qui siégeait à Québec puisse savoir instantanément et constamment ce qui de produisait à Louisbourg (Cap Breton), au Fort Michilimakinac (Michigan), au Fort de Chartres (Illinois) ou à la Nouvelle Orléans (Louisianne).

La solution vint des alliés autochtones des Français qui pratiquaient tous sous une forme ou une autre la communication télépathique grâce à diverses méthodes qui leur permettaient d’entrer dans une transe médiumnique. Chez les Anishnabes, on utilisait des huttes à sudation qui permettait au shaman de sortir de son corps et de communiquer avec un autre shaman, entré dans une transe similaire au même moment – mais à des kilomètres de distance. Charles de la Boische, qui était alors gouverneur de la Nouvelle-France, décida d’étendre ce mode de communication à l’ensemble du territoire de la colonie, pour qu’on y exerce ce qu’il appela « la transe telle qu’on la pratique dans les contrées canadiennes ». La Transe canadienne était née; on établit un réseau d’une centaine de stations qui toutes convergeaient à Québec, où se trouvait la station du sieur Lucien de L’Allier, le shaman officiel qui siégeait au Conseil Souverain.

Un shaman construisant une station de la Transe canadienne, 1906

Suite à la conquête de 1760, la couronne britannique comprit rapidement qu’elle avait intérêt à maintenir les alliances que les Français avaient entretenues avec les peuples autochtones, car la viabilité de la traite des fourrures (la seule ressources exportable à l’époque) en dépendait. Non seulement les Britanniques n’ont-ils pas démantelé le réseau de la transe canadienne, mais ils en ont créé des stations partout sur le territoire de ce qui allait devenir le Canada, de Terre-Neuve (en 1800) à l’île de Victoria (1826). La dernière station de la Transe canadienne fut installée à Alert dans le grand nord en 1950, à seulement 817 km du pôle nord. Le territoire canadien était alors complètement relié par ondes télépathiques d’est en ouest et du nord au sud.

Malgré le développement des communications modernes, de la radio, du téléphone et d’internet, la transe canadienne reste encore le moyen de communication le plus utilisé au pays. Les touristes affluent chaque jour à la station historique de Lucien-L’Allier (la seule au Québec qui soit ouverte au public) pour observer la séance de communication télépathique qui se déroule selon le même rituel établi il y a plus de deux cent ans. La fonctionnaire-shaman prend connaissance des messages à transmettre, puis fait chauffer des pierres dans un feu extérieur avant de les placer dans le sol de la station, à l’intérieur d’un puits central. Arrosées pour créer de la vapeur, elles produisent de la chaleur qui fait transpirer la fonctionnaire-shaman ayant pris place, nue, à l’intérieur. À quatre reprises, des pierres sont amenées dans la hutte, en l’honneur des quatre directions cardinales. Après un temps variable qui peut aller de quelques minutes à une heure, la shaman est prise de convulsions et se connecte mentalement à la transe canadienne. Un autre fonctionnaire se tient tout près, à l’extérieur de la station et note les divers messages qui lui sont dictés.

Pour transmettre un message par la Transe canadienne, il suffit d’acheter un timbre au coût modique de 50 cents et de l’apposer sur le formulaire qui contient le libellé du message que vous souhaitez transmettre ainsi que le nom du destinataire. N’oubliez pas de visiter la centre d’interprétation de la station Lucien-L’Allier ainsi que sa boutique de souvenirs, ouverts tous les jours sauf le lundi.

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