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La pêche à la gluette et les feux d’étoupe

Une tradition psychédélique qui s’est poursuivie jusqu’à nos jours.

Les Mi’kmaqs l’appelaient m’shitsiwan, le poisson-désir. Au XVIe siècle, les marins bretons qui le trouvaient dans leurs filets et qui le rejetaient avec dégoût à la mer — avant d’oser, beaucoup plus tard, y goûter — le nommaient la gluette ou le petit-puant. Toujours est-il qu’on pêche l’arothron rubripes depuis plus de huit cents ans dans la région de Saint-Cuthbert-du-Cap-Pelé, en Gaspésie.

Les étoupeurs de Saint-Cuthbert-du-Cap-Pelé, juin 2002.

Chaque année, les bateaux rapportent cet étrange poisson dont la chair, hautement toxique, sert à fabriquer « l’étoupe » qui depuis l’époque de la Nouvelle-France est jetée à minuit dans le feu de la Saint-Jean. Selon la tradition, les villageois se mettent alors à danser gigues et quadrilles frénétiques au son du violon, accélérant ainsi chez les danseurs des deux sexes l’absorption des fumées intoxicantes. La soirée se termine habituellement par des scènes de copulation publique hétéro et homosexuelles accompagnées de transes, de visions et, plus rarement, des débordements paraphiliques de nature uroscatologique ou zoophile. L’Église catholique fut, sans surprise, toujours opposée aux « feux d’étoupe » mais la pratique est devenue si rapidement ancrée dans les us et coutumes de la colonie que le clergé n’eut d’autre choix que de circonscrire le phénomène en accordant des indulgences plénières exceptionnelles pour une seule nuit par année aux « étoupeurs ».

La substance active trouvée dans la chair de la gluette, l’arotoxine, peut provoquer chez l’humain de graves intoxications surtout s’il est ingéré par voie orale. Mais à faibles doses, elle provoque une série d’effets psychotropes : une excitation sexuelle foudroyante, qui chez l’homme se traduit par un satyriasis persistant dont la durée peut dépasser dix heures, un état de surexcitation extrême, un sentiment de vive euphorie et, dans certains cas, des visions hallucinatoires où le sujet se sent transformé en animal.

Chez les Mi’kmaqs, on brûlait la chair du poisson-désir, appelée Mateglekiam (tabac gluant) dans une tente de fumigation lors de l’initiation sexuelle des adolescents, à quinze ans pour les garçons et à quatorze ans pour les filles.

On peut encore aujourd’hui visiter Saint-Cuthbert-du-Cap-Pelé où a lieu, chaque 24 juin, un feu d’étoupe traditionnel où sont cordialement invités les touristes du monde entier. Les célébrations commencent la veille avec la messe en plein air et la cérémonie de distribution des indulgences. On peut aussi visiter le Musée de la gluette qui vous offre, dans sa boutique hors-taxes, toute une gamme de produits artisanaux liés à tradition du feu d’étoupe. Veuillez toutefois noter que la chair de gluette est interdite d’exportation par le gouvernement canadien.

Une réponse sur « La pêche à la gluette et les feux d’étoupe »

Amusée la Ninette. Merci pour ces cadeaux : Gluette, (qui n’est pas valide au Scrabble mais utilisé dans les mots-croisés). La recherche de la gluette m’aura menée sur Wikitionnaire où vu ceci :  »Jean-François Michel, Dictionnaire des expressions vicieuses usitées dans un grand nombre de départemens et dans la ci-devant Province de Lorraine, Nancy, 1807 ». (Intéressée;-). Satyriasis, Paraphilique et merci pour Sardanapale dans le billet Matagami (brillant ton jeu de mots). Bref tout lu le contenu de ce nouveau blogue drôle et divertissant, m’y suis abonnée. Passerai souvent en y laissant ou non une trace. Bravo Missdame.

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