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La parlure

Une sélection de canadianismes de bon aloi.

Que serait le Québec sans toutes ces savoureuses expressions du terroir prononcées avec ce célèbre accent de péquenot reconnaissable entre mille ? Évidemment, notre vocabulaire archaïque, mâtiné d’anglais et de langues autochtones peut au premier abord dérouter le locuteur habitué au français correct et moderne, tel qu’on le parle en France – ce phare de civilisation dans une nuit de sauvagerie. Voilà pourquoi j’ai choisi de vous expliquer six expressions courantes, mais à peu près inconnues en Europe de notre sous-dialecte régional.

Les mots qui suivent et leur explication sont (peut-être) extraits du Dictionnaire de la langue québécoise de Léandre Bergeron, un source fiable qui s’est mérité cinq étoiles sur Amazon (ce qui prouve hors de tout doute que c’est excellent, han.)

Agrès : Ce diminutif familier du mot « agréable » est couramment utilisé pour qualifier les gens de charmante compagnie, comme dans l’expression « Check le Français, c’est vraiment tout un agrès ! »

Necker : Vous l’aurez deviné, il ne s’agit pas ici du ministre des Finances de Louis XVI, mais bien d’un verbe, de l’anglais neck, qui signifie « s’étirer le cou pour inspecter quelque chose avec soin ». Ainsi, lorsque vous aurez des ennuis mécaniques à Montréal, vous saurez qu’il faut demander au garagiste : « Viendrais-tu necker dans mon auto ? »

Plotte : Dans le Berry, la plotte est un tas de fumier qui se trouve dans la cour d’une ferme. En traversant l’Atlantique pour s’implanter au Québec, le mot s’est transformé d’abord pour désigner la cour de la ferme, ensuite pour désigner la fermière qui elle seule se retrouve dans la cour pour s’occuper du potager et nourrir les poules (les hommes travaillant plutôt aux champs). De nos jours, on utilise le mot plotte pour désigner une femme à la beauté saine et naturelle, comme dans l’expression : « J’aime draguer au Québec car on dirait qu’on n’y trouve que des plottes ».

Robineux : L’origine de ce mot remonte au Régime français, lorsque l’élite sociale était formée par la noblesse de robe. Le robineux est celui qui se distingue par ses bonnes manières et l’excellence de son goût. Soyez donc flattés lorsque, impressionné par votre savoir et votre immense culture d’Européen sophistiqué, votre hôte québécois vous dira en soupirant que vous buvez, que vous vous habillez, que vous vous comportez ou que vous sentez comme un robineux.

Sacre : Le sacre, au Québec, est un juron tiré de la liturgie catholique. Vous avez sûrement déjà entendu les Québécois proférer des « hostie », « christ », « tabernacle », « ciboire » ou des « calice » lorsque, dépités, ils tombent dans la fosse à purin. Mais sachez qu’il s’agit ici des sacres « présentables », les seuls qu’on ose prononcer devant des étrangers. Vous saurez que vous « faites partie de la gang » lorsqu’on éructera devant vous des horreurs telles que « patène », « ostensoir », « goupillon », « missel », « scolastique » ou même, comble du sacrilège, « trinité ».

Tripatroit : Le tripatroit est un oiseau de basse-cour mieux connu en France sous le nom d’oie. C’est aussi, par extension, un jeu de société similaire au jeu de l’oie. Je sais, ce n’est pas ce qu’il y a de plus excitant, mais vos hôtes québécois en raffolent. Alors si vous voulez leur faire plaisir, proposez-leur, en soirée, de « faire un tripatroit » ; vous serez à coup sûr enchanté de leur réaction.

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